Le trésor des lettrés

Le pinceau, le papier, l'encre et la pierre

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笔, 纸, 墨, 砚, bǐ, zhǐ, mò, yàn

Le pinceau, le papier, l'encre et la pierre ainsi que tous les accessoires qui les entourent, sont, depuis fort longtemps, appelés des «trésors» et sont considérés avec le plus grand des respects.

Avant d’approfondir l’étude de la calligraphie, il faut bien connaître ses instruments.

À toutes les époques de l’Empire chinois, le lettré, homme de culture et de pouvoir, s’est entouré d’ustensiles, riches ou savamment humbles, qui forment le support de son rêve ou les amis intimes de son raisonnement, avant de devenir objets de convoitise et de collection.

Encre, pierre, pinceau et papier sont, très tôt, désignés par l’expression "wenfang si bao" 文房四宝, les «quatre trésors du lettré».
Les entoure un petit monde d’accessoires : presse-papier, verseuse à eau, pot à pinceaux, pose-bâton d’encre, repose-poignet, etc. qui sont autant de chefs-d’oeuvre artisanaux dont la délicatesse s’est enrichie et diversifiée en Chine, puis au Japon, au long des millénaires.
Non contente d’avoir inventé le papier et l’encre indélébile, ainsi que cet instrument au génie polyvalent qu’est le pinceau, la Chine en assure la pérennité en les confectionnant imperturbablement selon des recettes ancestrales et raffinées.
Le Trésor des Lettrés est bien la somme qu’attendaient les connaisseurs, les amateurs de curiosités et tous ceux que fascine la culture de l’Extrême-Orient.
La composition des objets de la calligraphie et de la peinture repose strictement sur des matières naturelles, le connaisseur qui les manipule y voit un sésame pour la relation homme-univers, cette notion d’harmonie générale qui est le fondement de la pensée extrême-orientale.


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Lanting Xu
Exercice sur la Préface au recueil du pavillon des Orchidées.
Selon l'oeuvre de calligraphie chinoise écrite par le célèbre calligraphe Wang Xizhi (303-361).

«Chacun porte en lui une originalité productive qui est le noyau même de son être et s’il prend conscience de cette originalité, une étrange auréole, celle de l’extraordinaire, se dessine autour de lui». Nietzche


Le pinceau

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Le pinceau est façonné, à la main, opération longue et délicate, à partir de poils de chèvre, lièvre, loutre, fouine, etc. Les poils sont mis en faisceaux, permettant d’avoir une réserve d’encre, seule l’extrémité aiguë entre en contact avec le papier. Le manche est le plus souvent en bambou, de la corne de buffle ou un bois plus dur que le bambou sert de virole

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Pinceaux avec des poils différents


Le papier

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Le papier de matière première végétale (mûrier, chanvre, écorce d’arbre, de paille, de l’aubier de santal, etc.) est mélangé à un mucilage qui assure la cohésion des fibres du papier et empêche les feuilles mouillées fabriquées à la cuve de se coller. La confection s’effectue sur un nattage en bambou mobile très fin entre des baguettes.
Le papier d’écorce de «Xuan» 宣纸, provenant de la région d’Anhui est considéré encore aujourd’hui comme le meilleur des papiers.
Une feuille de papier mesure «si chi», 四尺 soit quatre pieds de longs ce qui équivaut à 69 x 138 cm environ.

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Couteaux de papier


L’encre

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Bâton d'encre décoré de bambous

Le caractère est formé de noir 黑 (au dessus du caractère) et de 土 (en dessous du caractère) terre. Elle est confectionnée à partir de noir de fumée d’origine végétale (frêne, pin, etc.) mêlée de colle de poisson ou de bœuf, d’huiles végétales et agrémentée d’autres ingrédients dont des essences qui donnent à l’encre des parfums enivrants. Une fois le long travail de fabrication terminé, lorsqu’elle est encore malléable, elle est roulée en bâton et placée dans des moules en bois de jujubier sculpté afin de déposer en relief des décorations ou des caractères.
Le bâton d’encre s’utilise en le frottant sur une pierre à encre où l’on a déposé quelques gouttes d’eau.
Aujourd'hui, il existe des encres liquides déjà préparées qu'il faut diluer au préalable.

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9 bâtons d'encre décorés des 36 points de vue des montagnes jaunes


La pierre à encre

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Pierre à encre moderne

La pierre à encre est d’origine naturelle, elle est creusée et polie, sa texture doit être très fine et d’une rugosité minimale pour obtenir une encre parfaitement délayée.
Une bonne pierre dépendra de la nature du minéral et de son lieu d’extraction. Parmi les pierres de bonne qualité on peut citer les pierres de She qui s’extraient de la montagne Longwei ou queue du dragon dans le Jiangxi et les pierres de Duan dans la province de Guangdong.

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Pierre à encre moderne décorée d'une grenouille et de feuilles de lotus